DANS L’OMBRE D’AXULAR
Le Biltzar, héritage d’un passé

Le village a pourvu, dans le passé, des créateurs dans plusieurs genres. La littérature populaire, qui naît d’événements instantanés et perd son sens avec leur disparition, était surtout orale et rarement consignée par écrit.

On compte les créations du type contes populaires et proverbes tels que « Amatorren Uzta » de Mayi Ariztia (Lehetxipia, 1887-1972) ou ceux de José Miguel Barandiaran (Bidartea, Ataun 1889-1991) ou encore les chansons du lieutenant de la garde impériale, Jean Baptiste Elissamburu.

 

Les « Bertsulari » sont les virtuoses de la rime, en ricochet instantané avec un partenaire.

Certains sont restés célèbres, mais quelques « Saratar », encouragés pour les fêtes de Sare par Antoine d’Abadie d'Arrast, ont laissé un nom dans cet art ou celui du versificateur (bertso berriak), (Dithurbide, Etcheto en 1872, A. Etcheberri). J.M.L. Diharassary (Lehetxipia) a réalisé des œuvres en prose « Aphezen dretchoac eta eginbideak Eletzionetan » tandis que son parrain, le médecin maire J.M.L. Dithurbide (Zugarriaga, 1803-1883), s’est essayé à traduire la bible sous forme de questions réponses « Ichtorio Saindua.. ».

 

Parmi les écrivains, le plus grand, d’après L.L. Bonaparte (ou le plus connu tout au moins) a été le moraliste Pedro Aguerre-Azpilcueta, dit « Axular », curé de Sare (Arrosa, Lizarraga?, né en 1556, 1572 ou 73 ?-1644), auteur d’un seul ouvrage « Guero », paru en 1643.

Auparavant en 1635, Joannes de Haramburu (un Saratar d’après Ioannes Echeberri) a publié à Bordeaux « Devocio escuarra, mirailla eta oracinoteguia ».

Parmi les hommes d’église, Cristobal de Harismendy qui fut vicaire de Sare publia en 1658, à Chalon-sur-Saône, « Virginaren officioa da hirur officio » (Ama birjinaren ofizioa). Il était un fils de la maison « Mendiondoa ». Au siècle suivant, c’est le « toubib » bascologue de Sare, Ioanes Etcheberri (Lekuberria ?, 1665-1749), qui est la figure de proue des écrivains de nos provinces pyrénéennes, avec notamment son ouvrage « Escuararen Hatsapenac » et son éloge sur le « parler » de Sare. Comment ne pas mentionner ici l’abbé Dominique Lahetjuzan (Argainea, 1766-1818), au style si particulier ! ou encore le méconnu Saratar Joanategi « Ehunbat Sainduen Imitazionea ».

 

Le 19è siècle sera marqué par l’impulsion due au Prince, bascophile, Louis Lucien Bonaparte (1813-1891), passionné d’Euskara. Le plus représentatif de ce siècle restera sans conteste le poète Elissamburu (Piarresenea, 1828-1891), débordant d’inspiration poétique. L’on peut citer des « Saratar » ou assimilés, plus proches de nous. L’œuvre de « l’immense » José Miguel Barandiaran est considérable dans ses répercussions sur la compréhension de l’ethnie basque (Bosquejo etnographico de SARA). Le pasteur anglican Wentworth Webster, passionné de légendes et de contes, passa 25 ans de sa vie à Sare (Bechienia, décédé en 1907 à Crespotegia). La conteuse et romancière belge, France Adine (Ibartsoberria, 1890-1977) est l’auteur de nombreux ouvrages (Loremendi, Panchiko). Le peintre Pedro Garmendia (né à Sare en 1890) a illustré l’ouvrage célèbre de l'abbé Blazy sur la pelote basque. L’érudit généalogiste et regretté Alfred Lassus (Trinketea) a largement contribué aux deux tomes sur Sare (éditions « Ekaina). Comment ne pas citer aussi Philippe Veyrin, avec ses études et tableaux sur la vie du village!

D’autres « Saratar », moins cités, comme les frères Pierre et Henri Dop (Argainea) ont laissé des études sur l’église de Sare, les maisons et ses habitants ainsi que les frères Jacques et Marc Legasse (Lezabia, l’ombre d’Axular). Même si leurs racines sont ailleurs, il convient de citer des auteurs comme le capitaine Vedel qui a écrit une vie du village (1847), l’abbé Roland Moreau qui a consacré une monographie sur « SARE, histoire d’un village basque ». Ou enfin le célèbre « Ramuntcho » de Pierre Loti qui a eu aussi pour cadre le village (nommé Etchézar). L’auteur a d’ailleurs séjourné quelque temps, sur la place, dans la maison « Bapotegia ». Tous se sont attachés à un dessein culturel dont le thème était Sare. Plus proches de nous, des auteurs confortent toujours cette tradition.
Ainsi, Jacques Antz (Goxainea) est-il fidèle à des études, très documentées, sur Sare (Chapelles, Redoutes, Autrefois Sare etc.). Michel Duvert (Hargainbeheria), scientifique, auteur de plusieurs ouvrages, a publié dans le sillage du maître à penser Barandiaran, un essai : « des origines du peuple basque ». Notre curé, Jean-Baptiste Etcheverry (Erretorretxea), dans la trace des aînés, est co-auteur de deux livres, dont « la morale, un chemin d’Humanité », et auteur du récent « Izarra Gidari ».

Xabier Elosegui nous dévoile, en basque, dans un document inédit, le secret des maisons de Sare sur 4 siècles (Sara, etxeak eta deiturak lau mendez XVI-XIX). Kepa Arburua, (Ibarsoroa), « l’écrivain Navarrais au passeport Français », nous transporte de Sare à Tudela au gré du vent des Bardenas (dans le vent des Bardenas). Il vient de publier son 4è roman « Sanchicorrota le bandit des Bardenas ». D’autres, venus d’ailleurs, vibrent avec le village, comme Mme Toti Martinez (1949, Larrabetzu, Bizkaya) qui raconte les désordres engendrés à Sare sous la Révolution française (la chaîne brisée). Le journaliste essayiste et traducteur Patrick Pépin (Errekartenea nous propose « Histoires intimes de la guerre d’Espagne 1936.. »). Marie-Michèle Beaufils (Arbonne)  dans « Le Hollandais et les sorcières de Sare » trace une belle fresque de vérité et d’amour pour le pays basque.

Qu’on nous pardonne, parmi ce foisonnement de citations non-exhaustif, les raccourcis, les omissions involontaires.

L’essentiel n’est-il pas que d’autres suivent encore, pour chanter le village ?