Personnalités de Sare

AXULAR

Parmi les écrivains, le plus grand, d’après L.L. Bonaparte (ou le plus connu tout au moins) a été le moraliste Pedro Aguerre-Azpilcueta, dit « Axular », curé de Sare (Arrosa, Lizarraga?, né en 1556, 1572 ou 73 ?-1644), auteur d’un seul ouvrage « Guero », paru en 1643.

La vie d'Axular en B.D.

Un passage du livre célèbre d'Axular: GUERO

Légèreté de la palombe

La palombe ne se comporte pas comme les autres oiseaux lorsqu’elle boit. Elle ne lève pas la tête. Ce qu’elle a envie de boire elle le fait, comme les équidés, d’un seul trait, sans à-coup ou respiration. Les autres oiseaux à chaque gorgée relèvent la tête et il semblerait que c’est la Nature qui leur a appris à faire ainsi. Parce que à ces moments là, ils sont exposés et en péril ; ils sont guettés, surveillés par les prédateurs et doivent donc s’adapter à cette situation périlleuse en demeurant éveillés et à chaque gorgée ils lèvent systématiquement la tête scrutant les alentours comme pour surveiller.

Mais la palombe n’adopte pas cette attitude ; elle demeure obnubilé et jusqu'à qu’elle en soit rassasiée elle ne lève pas la tête, elle ne scrute pas autour d’elle. C’est la manifestation de l’innocence et de la vulnérabilité de la palombe car lorsqu’elle est en situation de danger, c’est là qu’elle est la plus exposée et la plus malhabile. Parce qu’entrainée dans son plaisir de s’abreuver, elle ne réalise plus rien.

Cyro, (Cyrus empereur perse ?) le grand empereur fut tellement égaré et envouté par Apama sa maitresse qu’elle en faisait ce qu’elle voulait. Elle se permettait de tapoter le visage, elle lui tirait la barbe si cela n’était pas les oreilles : elle s’amusait avec lui comme avec un enfant. Résultat : l’empereur inconscient en était envouté : comme à travers une glace il se voyait en elle. Lorsqu’elle était joyeuse il l’était aussi, lorsqu’elle manifestait de la tristesse, il devenait malheureux. Et des fois, la femme maléfique savait devenir colérique et alors l’empereur fou faisait toutes les concessions possibles pour la calmer. L’amante devenait le Maitre ; elle devenait Lui. La femme devenant homme ; la poule devenait coq. Il faut dire que devant un amarouché aveuglé, la femme devient toute puissante, à l’image d’un si grand empereur tétanisé ainsi par une femme aussi quelconque.   

 

JOANNES D'ETCHEBERRI

Jean d’Etcheberri réédité

Les éditions Atlantica Reprise, viennent de publier l’ouvrage en langue basque « Joannes Etcheberriren Lan Osoa ». C’est un chef d’œuvre de la prose basque. Jean d’Etcheberri né à Sare vers 1668 et mort à Azcoïtia en 1749, était natif de l’une des maisons Etcheberri de Sare (Lecuberria voisine de Chomindenea et Gaztanaldea), à Lehenbiscay.

Médecin, établi au village, il avait épousé Catherine d’Itsasgarat qui lui donna plusieurs enfants. Mais le métier de médecin ne rapportait pas beaucoup à Sare et il devait exercer son activité dans les paroisses limitrophes, tant en France qu’en Espagne.

Médecin en Espagne.

En 1713, la municipalité de Bera le nomma médecin officiel. Il remplit cette charge jusqu’en 1722, en continuant à habiter Sare et c’est en 1716 qu’il transporta sa résidence à Vera. Sa réputation grandissant en Espagne, on le recherchait de toutes parts et, en 1722, il devint médecin de Fontarabie, aux appointements de 150 ducats (catégorie aisée). On avait objecté pourtant qu’il n’était pas docteur d’une Faculté d’Espagne. Il était pourtant diplômé de Montpellier ou de Toulouse. En 1725 il séjourna à Azcoïtia où il resta jusqu’à sa mort survenue en 1749; il avait alors plus de quatre-vingts ans. On peut donc supposer qu’il était né à Sare vers 1665. Il n’avait donc pas connu Axular, ni son neveu, mais il avait pu connaître Harizmendi, d’Argaignarats et même Pouvreau, dont il cite le Philothea. Instruit et actif, il s’était beaucoup occupé de sa langue maternelle et admirait le style de Pedro Axular qu’il prit pour modèle (20 pages lui sont dédiées)

Trois œuvres.

La première est la plus importante, Escuararen Hatsapenac, c’est-à-dire « Rudiments du basque », incontestablement l’original de l’auteur, dédié au pays de Labourd (appelé lau-urdi, le pays aux quatre rivières !). Elle est une apologie à la langue basque. L’intérêt principal du travail d’Etcheberri, est que « ce n’est pas une traduction ou une adaptation, mais un ouvrage original pensé et écrit en basque » (Julien Vinson). La 2è, plus aride, propose une méthode d’apprentissage du latin pour les Basques.

Joannes Etcheberriren, Lan Osoa, Atlantica Reprise, 2011, Biarritz. Travail de chercheurs du CNRS (UPRESA 5478), à partir de l’édition de Julio de Urquijo de 1907.

 

Marc Légasse soldat et écrivain engagé (1918-1997)

Marc à gauche et son frère avec Luis Arana Gori un des fondateurs du PNB

Jean Claude Larronde, historien bien connu, présente un personnage complexe, Marc Légasse.

Présentez nous ce personnage ? J.C.L. La famille Légasse est associée aux industriels morutiers. Le père fonda une compagnie à Saint Pierre et Miquelon puis à Pasajes. Marc né à Paris le 19 avril 1918, et son frère Jacques passent alors leurs vacances au Pays Basque Sud. A la mort de leur père en 1939, Marc est à la tête des « Entreprises Maritimes Basques » à Ciboure et se consacre à la cause basque. En déplacement à New York en 1939, il revient participer aux combats et reçoit la croix de guerre pour faits de guerre en 1940.

Ce fut aussi un écrivain ? Il s’investit dans la parution de la revue Aintzina au caractère apolitique. Malgré son mariage en 1942 avec Veronica de la Sota, fille d’un président de la Diputación de Bizkaia, il ne se placera pas sur l’orbite du PNB. Installé à Lezabea, il vivra mal la mort de son frère, combattant tué en Italie par une mine le 15 juin 1944. Son ironie mordante s’exprimera pleinement dans le bulletin « Hordago » qu’il fait paraître en 1944

Etait-ce un acteur politique ? Il se présenta aux élections cantonales de 1945 sous la profession de foi : croix de guerre, nationaliste basque avec pour objectifs la création d’un Département Basque, l’institution du bilinguisme à l’école! Ami du Président José Antonio Aguirre, rencontré chez lui à Sare en 1952, il lui adressa par lettre en 1946 des critiques sur son gouvernement d’exil, en alléguant de son lien avec Luis Arana Goiri, un fondateur du PNB, qu’il rencontra lors de son exil. Un fait marquant est son opposition aux élections du 2 juin 1946 pour une assemblée constituante par affiches, « Basques abstenez vous poliment... ». Suivit son emprisonnement à la Villa Chagrin. Le chanoine Pierre Lafitte signera dans « Herria » un appel pour « Marc Légasse, Croix de guerre 1940..qui défend la France et aussi les libertés basques.. ». Aucune des vexations à son endroit n’entamera son humour. Ses talents, de musicien, d’écrivain en particulier seront reconnus de tous.

Au début du printemps 1997, malade, il est décédé dans son lit, tout proche un immense Ikurriña. Il tenait dans ses mains un exemplaire de "Santxo Azkarraren parabola" dédicacé à sa femme, il avait la tête recouverte du bérêt. Une partie de ses cendres seront dispersées dans un rituel symbolique à Ibañeta, prés d’Orreaga et de la sépulture de Sancho el Fuerte, le jour de l’Aberri Eguna 1997.

Lire « Marc Légasse Un Rebelde Burlón » d’Amaia Ereñaga (Editions Txalaparta, 1997)