Sorcellerie et la société

La sorcellerie en questions

Claude Labat travaille sous la bannière de Lauburu avec la modestie du scientifique qui sait qu’il n’en saura jamais assez sur le sujet. On connaît le professeur de lycée passionné des cromlechs, des croix discoïdales mais soucieux de la transmission à ses étudiants et aux autres. Il a dans ce sens sur le chantier un ouvrage immense : « Libre parcours dans la mythologie basque avant qu'elle ne soit enfermée dans un parc d'attraction » sur lequel il travaille chaque jour, dont la parution est prévue chez Elkar, pour 2011.

Car parler de sorcellerie est toujours délicat en Pays Basque dit-il. « Il y a ceux qui veulent à tout prix assimiler les « sorgin » basques aux sorcières d'Halloween et parlent de folklore bon enfant, ou bien ceux qui se complaisent dans l'exploitation de l'image romantico-érotique des sorcières en insistant sur les descriptions de sabbats. Enfin il y a ceux qui lisent cet épisode dramatique de l'histoire locale au travers des problèmes actuels du Pays Basque, parlent d'Inquisition et décrivent avec un luxe de détails les tortures subies par un nombre impressionnant de victimes ».

Démarche scientifique - Pour sortir de ces impasses, il a choisi une autre voie : s'appuyer sur des données historiques vérifiables. Ainsi, des études récentes montrent que Pierre de Lancre n'est pas un fou ou un malade mais un homme érudit de son temps. Le zèle avec lequel il remplit sa mission doit donc se comprendre à la lumière de l'histoire, de l'ethnographie et d'autres approches plus sûres que les interprétations hâtives qui entretiennent une sorte de rancœur irraisonnée sur les événements de 1609. « La sorcellerie basque mérite d'être traitée sans idées reçues, en tenant compte des analyses qui apportent des éclairages déterminants sur les mentalités populaires autant que sur les calculs des hommes de pouvoir et donc sur le contexte politique, économique, social et culturel ». La causerie projection proposée n'a d'autre ambition que de vulgariser ces angles de vue et, tout en prenant un peu de recul sur les faits, de jeter un sort à notre manie de désigner des boucs émissaires pour conjurer nos peurs.

Le vendredi 4 mars, à 20 h 30, salle Lur-berri, entrée 5 euros

 

vendredi 4 mars 2011

Claude Labat

Histoire de la sorcellerie

 

Ce vendredi soir, dans la salle Lur Berri, par des propos clairs, nets et précis, Claude Labat a fait passer son message pour expliquer les procès en sorcellerie de 1609 en Pays Basque. En 1605, un conflit entre le sieur d’Urtubie et le clan municipal de Saint Jean de Luz tourne en accusations de sorcellerie. L’affaire transite par le Biltzar du Labourd vers le Parlement de Bordeaux et le roi Henri IV. En 1608, celui-ci désigne Pierre de Lancre pour enquêter malgré le refus du Parlement. La mission comprend à sa tête Jean d’Espagnet, Président du Parlement de Bordeaux ! Les procès commencent en juin 1609 par des interrogatoires qui concernent 50% de femmes, 30% de d’hommes, 20% d’enfants. Plus de 50 personnes mourront sur les bûchers. Mais les pêcheurs rentrés de Terre Neuve en novembre 1609 feront fuir le juge qui, dans ce repli, entraînera quand même 200 personnes vers le fort du Hâ. A partir d’une présentation très soignée, le conférencier a expliqué les raisons du zèle avec lequel de Lancre a pu mener à bout sa mission auprès d’une population jugée libertine dans ses modes de vie. Au de là de ces deux tristes sires, le bon Roi Henri a lui aussi joué un rôle ambigu, bien qu’indirect. La désinformation, les idées reçues, l’intolérance sont donc ancrés dans l’Histoire. «  Dieu est constance, Satan est inconstance », tel était la devise de ce juge habité par des fantasmes.

Jean Pouyet